samedi 20 juin 2009

Les chéris de ces geeks, ep.5 : Rutger Hauer




Klaatu, barada, Nikto, les geeks (c'est terrible, je ne peux plus employer ce terme sans maintenant ressentir une pointe d'irritation, on vous expliquera pourquoi dans Scuds #7)

Ben c'est que ma liste commence à prendre un peu de coffre, dites donc ! Allez, Rutger, à toi les honneurs mon coco...

Une fois encore, c'est grâce à Starfix, mensuel de cinéma culte de chez culte de chez reculte, qu'un beau jour de juin 1986, je pris conscience de l'existence de Rutger Hauer. Je l'avais vu pour la première fois au cinéma en 1984 dans Osterman Week-end, de Sam Peckinpah. Un film auquel je n'avais à peu près rien compris à l'époque (j'avais douze ans, ho), mais le charisme de Hauer et le climax musclé de ce thriller paranoïaque bien malsain m'avaient tout de même marqué à l'époque. Cependant, c'est bien en juin 1986 que le nom de Rutger Hauer s'imprima définitivement dans mes petits synapses.

Je filais sur mes quinze ans, je venais d'apprendre que je redoublais ma seconde et donc perdre mon année d'avance mais surtout, je tombais éperdument amoureux de Pascale P., avec qui j'avais pourtant passé l'année à me pouiller la tronche. Allez savoir, l'amour, hein, tout ça... Alors que Première devait certainement se repaître de quelque visage familier du pompeux, respectable et pompant cinéma français, les allumés de mon Starfix à moi avaient consacré leur converture à Rutger en gros plan, rétine de psychopathe et fusil à pompe en main dirigé droit vers le lecteur. Le film ? Hitcher, de Robert Harmon.


Malgré son Grand Prix à Cognac (hips !),
Hitcher fut tout au plus considéré à sa sortie
comme une efficace série B.


Rutger Hauer, dont la carrière était alors déjà bien entamée, y tient le rôle de John Ryder. Certainement le plus flippant serial killer de toute l'histoire du cinéma (allez, avec Norman Bates, Henry et Hal 9000). Tout au long du scénario, Ryder prend un plaisir sadique et sexuel à harceler le jeunôt Jim Halsey (C. Thomas Howell), qui vient de le prendre en stop quelque part entre Chicago et San Diego où il convoie une voiture. Halsey finira par l'éjecter, mais le tueur n'aura de cesse de le suivre et le briser psychologiquement, laissant quelques cadavres sur la route, avant un face à face final où la poudre parlera pour de bon.

Allez, un petit coup de trailer de l'époque...




Road movie sanglant aux frontières du fantastique, électrisé par les synthés syncopés de Mark Isham, Hitcher était vu à l'époque, du moins par les nases de la critique classique, comme une efficace série B (au mieux) ou un vulgaire thriller sans envergure (au pire).

Starfix n'avait pourtant pas menti. Ecoutant fidèlement ses journalistes, qui défendèrent passionnément Hitcher et son acteur principal, je décidai de me ruer en salles savourer la bête. Pascale était avec moi, en amie. Ce jour-là, mon coeur battait à tout rompre autant pour elle (qui n'en savait rien, logique hein) que pour Hitcher, tandis que nous tentions péniblement, sous un soleil de plomb, de nous frayer un chemin à l'intérieur du Gaumont Ambassade des Champs Elysées, pris d'assaut par les pingres en cette journée de Fête du cinéma.
A la fin du film
, je n'avais toujours pas osé me déclarer à Pascale (je ne le fis que pendant l'été qui suivit par une lettre enflammée et je me pris en retour une belle veste en tergal, mais passons !). Mais j'était plus excité qu'après un roulage de pelle adolescent.



L'heure du jugement est venu pour Ryder, assassin venu de nulle part (Hitcher)

Le film fut une claque monumentale. Mon souvenir en reste encore intact, autant pour ses scène d'actions jouissives que par l'extraordinaire composition de son héros maléfique. Rutger m'avait fait peur. Massif, indestructible, impitoyable, il tuait à l'écran le sourire au lèvres, donnant vie à un ange de la mort effrayant et fascinant par son mystère et sa nonchalence. Le rôle de John Ryder, pourtant à l'origine prévu pour Sam Elliot, ne pouvait rêver meilleure incarnation.

Rutger Hauer, acteur hollandais né en 1944 et révélé en 1973 par son compatriote Paul Verhoeven dans Turkish Delices, s'imposait brutalement dans ma banque d'images indélébiles. Acteur-colosse au charisme si impressionnant que le jeune Thomas C. Howell était lui-même effrayé par lui sur le tournage de Hitcher, Hauer mérite sa place dans cette rubrique pour avoir, dans la première moitié des années 80, réalisé un parcours de seigneur au cinéma.





En haut : Hitcher, de R. Harmon (1986)
En bas : Blade Runner, de R. Scott (1982)


Je ne connaissais rien de ses films hollandais
. Je n'ai à ce jour toujours pas vu Turkish Delices, Spetters ni Soldiers of Orange et d'ailleurs si l'un d'entre vous les a vu, qu'il n'hésite pas à laisser un comm'... C'est dans Blade Runner, vu d'abord en vidéo puis à plusieurs reprises au cinéma le Grand Pavois (paix à son âme) après mes 16 ans, que je redécouvris Rutger Hauer. Après m'avoir terrorisé dans Hitcher, il me faisait pleurer dans le classique de Ridley Scott. L'androïde Roy Batty était certes un assassin mais, contrairement à John Ryder, amoureux de la vie et décidé coûte que coûte à prolonger la sienne. Qui peut décemment me dire droit dans les yeux qu'il n'a pas eu la gorge serrée lors de la scène ultime de Roy juste avant sa mort, devant un Rick Deckard épargné de justesse par sa miséricorde ?

Les deux dernières phrases de cet inoubliable monologue ("All those moments will be lost in time, like tears in rain... Time to die.") furent d'ailleurs improvisées par Hauer lui-même, pour donner plus d'émotion à l'agonie finale de son personnage. Hauer suggéra aussi l'idée que Batty tienne une colombe à la main durant ses dernières secondes. La musique de Vangelis, la colombe, le ralenti sur le visage baissé de Rutger maculé par la pluie et les larmes.... Argh, j'en frissonne encore !

Remember...



Miraculeuses années 80 pour Hauer : terrifiant en Wulfgar dans Les Faucons de la nuit de Bruce Malmuth (1981), magnifique en chevalier Etienne Navarre dans le somptueux Ladyhawke de Richard Donner (1984) et plus encore en chef de mercenaires dans le moyen-âgeux La Chair et le sang de Paul Verhoeven. A chaque fois, des rôles physiques, des personnages en chair et en roc, des forces de la nature habitées par le bien ou le mal.






De haut en bas : Blade Runner (photos 1 et 2)
et La Chair et le sang, de Paul Verhoeven (1985). Le repos du guerrier...

La fin des années 80 sonna hélas l'heure du déclin pour la carrière de Rutger. Premier accident de parcours avec le thriller poussif Mort ou vif de Gary Sherman (1987), attendu comme le loup blanc par Starfix puis descendu en flammes dans les colonnes du mag'. Puis Rutger enchaîna avec le bizarre La Légende du Saint buveur de l'italien Ermanno Olmi. Un film auteurisant qui n'avait plus rien à voir avec les précédents du CV de l'acteur. Rutger y incarnait un clodo embringué dans une histoire de prêt d'argent qui va bouleverser sa vie. Chiant, non ? Je me souviens que ce fut la première fois où je me dis : "Bon, Rutger est passé à autre chose" et où ses films suivants m'indifférèrent.

Et la route de Rutger, qui devenait sans doute trop vieux pour jouer les balèzes sans pour autant être reconnu par les "auteurs", s'enfonça dans l'anonymat des navets, séries Z et autres direct to video. Pas la peine de les citer, vous avez Allo ciné pour ça.


Ladyhawke, de R. Donner (1984)

Je me souviens notamment d'un épouvantable nanar intitulé Mr Stitch, pourtant réalisé par Roger "Killing Zoe" Avary (1995), sorti en video chez nous. Rutger y cachetonnait en docteur Frankenstein du pauvre à donner vie à un humanoïde reconstitué avec des bouts de cadavres, dans un futur chichement représenté par un labo blanc immaculé.

Après un bon paquet de daubes et quelques apparitions dans des séries télé de bon ton (Alias, Smallville...), Rutger s'est en partie racheté une conduite ces dernières années en occupant des seconds rôles dans des films de haute volée : Batman Begins et surtout Sin City, dans lequel on le retrouvait avec plaisir en prêtre... psychopathe (on n'échappe pas à son destin).

A 65 ans, peu de chance pour que l'ogre blond qui hanta mes années 80 ne brille à nouveau sous les feux de la rampe. Les excès de sa vie de baroudeur (il fut marin et accro aux paradis artificiels...) se lisent sur ses traits flétris et les directeurs de casting ne semblent plus raffoler des yeux bleus de Rutger. En flânant sur sa page IMDB, l'internaute découvre cependant des films à venir au cinéma pour lui et aux dernières nouvelles, il enseigne, entre deux rôles, la comédie à Rotterdam. Peu importe que le temps et les abus aient abîmé Rutger Hauer. Les chefs-d'oeuvre dont il honora sa massive présence lui ont déjà réservé depuis un bail un siège permanent dans le coeur des geeks. Par chez nous, les seigneurs sont éternels.


PS : j'ai revu Pascale P. des années et des années plus tard, c'est à dire tout récemment, dans une rue voisine de chez moi. Elle est mariée, mère de trois enfants. Et toujours aussi belle. Chienne de vie !

End of transmission...
































4 commentaires:

Sledge a dit…

Gros souvenir de Roy dans Blade Runner, mon film de SF de prédilection.

*SIGH* dommage que tous ces acteurs de nos films préférés finissent pour la plupart à tourner des bouzes (ouais, je sais, faut bien bouffer ma p'tite dame, mais quand même).

Je ne connaissais pas Hitcher, la bande annonce fait bien envie ;)

John Plissken a dit…

Tu mets là le doigt sur un vrai problème qu'ont connu les journalistes de Starfix (ouais je sais je suis un peu monomaniaque) : la plupart de leurs réalisateurs et acteurs chouchous du début des années 80 ont presque tous fini par ne faire que des merdes.

Sinon, pour Hitcher, je ne saurai que trop te le conseiller si tu as l'occasion : attention, c'est comme pour Ferris Bueller, tu vas sans doute trouver que le film a un look eighties marqué et c'est vrai.

Mais c'est quand meme un petit classique, vraiment hanté par la performance de Hauer, superbement éclairé et mis en scène, et surtout très très méchant. Hollywod en a fait un remake tout pourri y a deux ans je crois.

Mais y a qu'un seul Hitcher, merde !!!

Sledge a dit…

Eh, je mets le doigt ou je veux d'abord :D

Sinon, faut pas croire, même si je ne suis pas friand des films a effets spéciaux de-la-mort-qui-tue-la-vie, c'est pas pour autant que je n'apprécie pas les films du siècle dernier non plus. Par exemple, je préfère 10.000 fois "The day the earth stood still" à son remake même si j'aime bien Kenu Reeves...
Ce que je trouve important c'est pas forcément l'esthétique (même si ca *peut* y contribuer), mais ce que le réalisateur ET les acteurs peuvent exprimer pour nous emmener dans l'histoire.

Pour en revenir au sujet, tu vas bien nous trouver un chéri de ces geeks qui n'a pas fini sa carrière comme caissière à lidl, heeeeinnn ???!!!

John Plissken a dit…

Megalol (hé oui parce qu'après le lol, il y a le superlol, l'ultra lol et enfin le mega lol pour les trucs vraiment très très drôles)

Figure toi qu'en effet je me suis fait la réflexion hier : "Bon, Plissken, c'est bien gentil mais faudrait pas non plus que ta rubrique ressemble à un mourroir". Donc next time, du sang frais !