mardi 10 novembre 2009

Les chéris de ces geeks, ep. #6 : Fred Ward


Les aminches, assez finassé, foin de palabres : oui j'ai encore traîné ces dernières semaines, j'avoue, je suis indigne et mérite d'être roulé dans la fange avec les trois petits cochons !

Raison de plus pour ne pas perdre davantage de temps en vaines explications zoiseuses. Et pour commencer cette nouvelle session de posts sur JPFM : un petit "Chéri de ces geeks", ça faisait longtemps tiens ! L'élu du jour : Fred Ward.

Fred Ward, Fred Ward.... LE second couteau buriné du cinéma US. Front bas, nez de mi-lourd fracturé plusieurs fois lors de sa période ring, mâchoire granitique plantée au sud d'un faciès de coyotte au regard aussi aiguisé qu'une lame crantée de John J. Et une voix. Une putain de voix rauque shootée aux octaves, jamais aussi intimidante que lorsqu'elle se fait rugissement tapis dans l'ombre, à la hauteur des rôles de dur à cuire dans lesquels le cinéma l'a généralement cantonné. Ha ben oui, clairement pas une fiotte de posters à la Jude Law, l'ami Fred. Bon sang mêlé irlandais et cherokee ne saurait mentir !

Il aura 67 ans ce 30 décembre mais l'escogriffe sévit toujours sur les écrans, le plus souvent dans de séries télé (les groupies de Grey's anatomy n'ont sans doute pas remarqué sa belle performance récente dans le rôle du père de Denny Duquette). Il a également fait une apparition cette année dans la série de la chaîne Showtime, United States of Tara et dans le thriller L'Affaire Farewell, de Christian Carion (où il incarne Ronald Reagan. Pas vu mais dommage !). Il se fait plus rare , le Fred, mais à chaque fois que je recroise sa gueule de vieux loup de mer émacié, mon coeur fait boum comme à chaque retrouvaille avec un chéri de ces geeks.


Quand ai je donc déjà entendu parler de ce comédien si attachant pour la première fois, voyons voir... Oui ! Retour vers l'enfer. Uncommon Valor en V.O. C'était en 1983, mon père nous avait emmené voir au Gaumont Marignan des Champs Elysées ce chouette action movie signé Ted Kotcheff juste après Rambo, dans lequel un colonel du corps des Marines (Gene Hackman) emmène un groupe de mercenaires récupérer son fiston resté prisonnier au Laos après la guerre du Vietnam. Dans le film, Fred Ward était Wilkes, l'un des six salopards cornaqués par Hackman. Dans mes souvenirs, Wilkes souffrait d'un syndrome post traumatique après avoir zigouillé toute une famille viet dans un tunnel plongé dans l'obscurité, prenant la dite famille pour des soldats vietcongs (putaing quel cong ! Pardon...). Dans le film, une séquence assez glaçante montre Wilkes raconter avec force détails ce macabre souvenir à ses camarades de mission. Et leur rappeler qu'à tout moment, d'incontrôlables crises de panique peuvent s'abattre sur lui, breakdown irrépressible aliénant tout le reste, corps et âme. Voilà bien la signature de Fred Ward : la virilité fissurée par la peur.

Retour vers l'enfer, de Ted Kotcheff (1983). Fred Ward est le second en partant de la gauche.
Un cliché beau comme l'odeur du napalm le matin au réveil...


La même année que Retour vers l'enfer, l'acteur récidivait dans ce registre du costaud qui craque en composant l'astronaute Gus Grissom dans L'Etoffe des héros, chef-d'oeuvre de Philip Kaufman. Dans ce film, comme dans Retour..., Ward prouve qu'il n'est pas seulement une "gueule" mais aussi un merveilleux interprète bien plus subtil que ne le laissent deviner ses traits rugueux. La scène où Grissom le fier à bras se laisse peu à peu gagner par la claustrophobie dans sa capsule spatiale perdue en mer, dans l'attente d'être récupéré, vaut son pesant de sourde montée d'angoisse. Cruelles minutes d'humiliation lorsque, devant les caméras de la nation, Grissom pète un cable et saute à la mer sans attendre son hélitreuillage. Et Ward de savoir si bien nous faire ressentir la honte masquée de son personnage lorsque le président des Etats-Unis ne daigne pas se déplacer pour l'hommage traditionnellement rendu à chaque astronaute après un vol. Sévère punition.

Au premier plan : Fred Ward dans le rôle de Gus Grissom,
flanqué des six autres membres du programme Apollo
dans L'Etoffe des héros de Phil Kaufman (1983).
Un cliché beau comme la conquête spatiale.


Né Freddie Joe Ward à San Diego en 1942, Fred Ward avance un sacré background. Je ne parle même pas de son bagage de vie - trois ans dans l'US Air Force jusqu'à l'âge de 24 ans, puis une courte parenthèse en boxe et même un job de bûcheron en Alaska si l'on en croit Wikipedia. Par background, j'entend plutôt ses références de comédien. Le mec a étudié son art au réputé Herbert Berghof Studio de New York (d'où son sortis, au hasard, De Niro, Anne Bancroft, F. Murray Abraham, Faye Dunaway, Jack Lemmon, Sigourney Weaver, Barbra Streisand, Jean-Pascal de la Star Ac'... ha non tiens!). A l'époque, Ward payait ses cours en turbinant ici comme concierge, là comme démolisseur. Au début des années 70, on le retrouve à Rome où il gagne sa vie en doublant en anglais des westerns spaghetti et en jouant , en 1973 et 1974, dans deux téléfilms signés Roberto Rossellini. Pas mal pour un ours mal léché ! Robert Altman ne s'y trompera pas, bien plus tard, en engageant Ward dans The Player (1992), Short cuts (1993) et sa série télé Gun (1997).

Campeur alcoolo au coté de Huey Lewis dans Short Cuts, de Robert Altman (1993).

C'est à Don Siegel que Fred Ward doit son premier rôle marquant, un taulard dans L'Evadé d'Alcatraz au côté de Clint, en 1979. Deux ans plus tard, les amateurs de pelloche à poigne le remarqueront de nouveau en voyou de la Garde Nationale dans le prodigieux Sans Retour (Southern Comfort) de Walter Hill. Un épatant survival en plein bayou, bercé par les accords de slide de Ry Cooder, que je vous recommande chaudement. En 1985, j'ai raté Remo, sans arme et dangereux, une comédie d'action entièrement bâtie sur les épaules de Ward et qui aurait dû propulser sa carrière via un héros de films récurrent à la James Bond. D'ailleurs, le réalisateur n'était autre que Guy Hamilton, oui celui de quatre 007 dont Golfinger et Les Diamants sont éternels. Hélas pour Ward, Remo s'effondra au box office, scellant le destin d'éternel second couteau de ce magnifique acteur. Fâcheux mais pas grave. Jamais complètement disparu des radars, il a continué de nous régaler de ses rictus de redneck tout au long de sa filmo suivante, comme dans le culte Tremors, de Ron Underwood (1990), mais aussi Bob Roberts de Tim Robbins (1992) ou encore la comédie Sweet Home Alabama de Andy Tennent (2002), avec Reese Witherspoon.

Sans retour, de Walter Hill (1981) : il joue Lonnie Reece,
beauf bas du front et dangereux qui aura bientôt affaire à Powers Boothe...



Timerider, de William Dear (1983) : série B sympa où Fred Ward incarne
un motard propulsé en plein plein Far West.
On retrouve dans le film Peter Coyote, qui avait aussi joué dans Sans Retour.



Bouseux buteur de limaces géantes dans Tremors de Ron Underwood (1990).
A l'extreme droit sur la photo (mais pas dans la vie, hein)



Alors si d'aventure certains d'entre vous - je cause aux plus jeunes, là - n'avaient pas encore remarqué l'existence de cette figure chère à la geek culture (ne serait ce que pour Sans Retour/Retour vers l'enfer/Timerider/L'Etoffe des Héros/Tremors), je dis : à vos DVD, comblez moi ce manque culturel et chantez les louanges du vieux Fred sur la toile, il mérite notre reconnaissance au centuple. Exécution !


End of transmission....


16 commentaires:

stif a dit…

Le mec qui fait partie de du cruel club des acteurs qu'on connait, qu'on aime mais sur qui nous sommes incapables de mettre un nom. Putain je suis heureux de voir qu'il y a encore des journalistes comme toi pour leur rendre de beaux hommages.

John Plissken a dit…

Merci Stif ! Et heureusement qu'il y a des mecs comme toi pour les lire et savoir les apprécier ces hommages !

Martiiin a dit…

Aha !! Tremors! découvert un dimanche après midi pluvieux sur Sci Fi, hum quel régal...

Content de te voir de retour sur le blog l'ami !

Pschitrose a dit…

Sacré moment à te lire ! Merci John pour cette verve incroyable qu'on dirait venue tout droit de Mars ! Oui l’ami (à force de te voir sur mon écran, de te lire et d'échanger avec toi je me suis mis à te considérer comme un ami-pas tout à fait comme un autre mais un ami quand même), quand je te lis c'est d'abord un plaisir d'écriture, ensuite le plaisir de la découverte car même si je connais souvent les protagonistes dont tu parles, c'est à des années lumières de ce que tu nous apprends. Ton savoir est encyclopédique mais au lieu de l'asséner et de nous ridiculiser, pauvres terriens que nous sommes, tu nous emmènes dans ton vaisseau et direction le monde de JP de Mars, vers l’infini et au-delàààààààààààààà. Merci pour le partage, pour le bel hommage à cette gueule made in USA, ce chéri de ces geeks, Fred Ward.
Your truly, madly, deeply Pinky Fairy.

John Plissken a dit…

Ouah et ben dis donc, quel hommage, chai plus ou me mettre moi, fais gaffe je vais finir par me prendre pour la réincarnation du Christ, ho !

Je prends tes compliments chaleureux, il alimentent mon feu créateur (bruit de forges rougeoyantes) et un grand merci !

Nearius a dit…

Si les brasseurs de Kronenbourg savaient brasser la bière comme tu composes tes articles, j'peux vous dire que je boierais que de la Kro même au ptit dej' !

C'est encore une fois fin, passionnant, bien écrit, et, chose rare, sincère. On sent bien que tu l'apprécies et du coup, on se sent coupable de ne pas le connaitre. Aujourd'hui j'aurai appris à redécouvrir une gueule, et surtout à lui donner un nom.

John Plissken a dit…

Je ne veux pas faire mon démago, mais je trouve que tu exprimes tout aussi bien ton enthousiasme dans ton post. C'est vraiment super de pouvoir patager grace au web nos passions communes et de voir que je peux enfin communiquer à des gens réceptifs comme vous ma passion pour les visage de ces films qui nous sont si chers.

J'ai galéré des années pour trouver ça, donc merci à toi pour tes compliments qui me font vraiment plaisir, et merci à vous tous.

John Plissken a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Phoenix a dit…

Ahhh ça fait du bien! Il était que tu reprennes ta plume ... euh enfin ton clavier tout neuf :)
Je suis de l'avis de Stif, c'est un acteur qu'on a tous vu plein de fois mais dont on a pas le nom qui reste en tête. Je le rangerai dans la même catégorie que Michael Biehn (que j'adore personnellement).
Merci John et bon retour sur la toile.

John Plissken a dit…

Haaaa Michael Biehn, tu fais bien de me le citer celui là, je le rajoute dans ma liste tiens. Ce qui est chiant c'est que j'ai beaucoup mec et... pas de nanas pour l'instant. Si vous avez des suggestions...

Phoenix a dit…

Là comme ça, à l'arrache, j'ai Michelle Forbes qui me vient à l'esprit (Star Trek NG, BattleStar Galactica, True Blood, Los Angeles 2013,...)

John Plissken a dit…

Ha ouiiii !!!! Grave de chez grave Michelle Forbes, of course. Super culte. Elle avait aussi joué un role récurrent pendant trois saisons d'Homicide, ma série télé fétiche. Général Phoenix, tu seras nommé chef des idées à l'arrache sur JPMars !

Phoenix a dit…

Chef oui Chef ;)

Maxxxxx a dit…

Je verrais bien un autre acteur dans la liste des "gueules" du cinéma Américain, c'est Michael Ironside. Non ?

John Plissken a dit…

Cher Maxxxxxxxxxxxxxxxxxx, saches que ce très cher Michael a déjà fait l'objet d'un précédent Chéri de ces geeks. Et comme je suis un Plissken d'amour, voici le lien direct vers le post que j'avais rédigé sur le bonhomme à l'époque :

http://johnplissken.blogspot.com/2009/03/yeah.html

C'était le CDCG num.2

Ne me remerciez pas mon vieux c'est tout naturel ;-)

Maxxxxx a dit…

Merci. Je vois que nous avons exactement les mêmes références pour Michael Ironside..

Scanners m'avait complétement traumatisé aussi à l'époque..Rien qu'en regardant l'affiche du film aujourd'hui , j'en ai encore des frissons..^^