mardi 12 janvier 2010

Sam Raimi viré de Spider Man 4 !!!


Avant d'aller dodo, une dernière petite bombe lâchée par Variety : selon le fil web du magazine, Spider-Man 4 se fera sans Sam Raimi, ni Tobey Maguire. (EDIT : la primeur de l'info est en fait venue du site Deadline Hollywood de Nikki Finke).

Sony aurait décidé de remodeler en profondeur la franchise et souhaiterait repositionner le récit de Spider Man 4 durant les années lycée de Peter Parker.

Non content d'avoir été responsable du naufrage artistique de Spider-Man 3, le studio semble vouloir faire porter le chapeau à Raimi et donner une orientation plus franchement teenage à notre tisseur chéri au cinéma. Navrant. Ou pas ?

Pour l'instant, c'est vers l'excellent site Deadline Hollywood et ses infos exclusives qu'il faut se tourner pour un récap' des événements qui ont conduit à l'annonce d'aujourd'hui.

Le site confirme tout d'abord que le prochain Spider Man sortira plus probablement, non pas en 2011 comme prévu mais en 2012 ("Ach, z'est l'année où on va douss mourir !" me hurle mon pote Rolland) et ce pour deux raisons : avoir suffisamment de temps pour constituer une nouvelle équipe (casting, réal' etc...) et préparer un tournage en 3D.

Citant des sources internes à Sony, Deadline Hollywood explique que Sam Raimi se serait de lui-même désengagé de Spider Man suite à d'interminables soucis sur le scénario, courant depuis plusieurs mois. L'auteur d'Evil Dead aurait répété aux cadres du studio à plusieurs reprises qu'il "détestait" la version du script co-signée par Jamie Vanderbilt, David Lindsay-Abaire et Gary Ross et qu'il attendait une nouvelle version remaniée par Alvin Sargent, auteur du scénario de Spider-Man 2 et 3. La date de début des prises de vue de Spider Man 4, initialement fixée à février 2010, fut repoussée à mars, puis avril... puis sine die apprenait-on la semaine dernière, au vu des difficultés persistantes autour du script.

Au cours d'une réunion qui s'est tenue ce lundi à Los Angeles, Sam Raimi aurait tout simplement dit : "C'est fini, je ne peux pas tenir vos délais, je ne peux plus avancer créativement". Pour la co-présidente de Sony Pictures Amy Pascal et Matt Tolmach (président de Columbia Pictures), la seule solution était dés lors de rebooter entièrement la franchise Spider Man plutôt que de faire remplacer Sam Raimi sur un Spider Man 4. Deadline Hollywood affirme également que Tobey Maguire a appris la nouvelle au téléphone par Amy Pascal en personne - "Il n'était pas spécialement bouleversé" précise la source du site.

Quant à Sam Raimi, il a maintenant deux options : soit se lancer dans la colossale franchise World of Warcraft, soit tâter plutôt de la fresque historique avec l'adaptation du roman The given day de Dennis Lehane (l'auteur de Mystic River et Shutter Island).

Voici en attendant le communiqué officiel de Sony Pictures (en anglais). La sortie du prochain Spider Man pour l'été 2012 est confirmée, ainsi que le retour aux années lycée de Peter Parker. Pour le reste, c'est le bla-bla habituel "c'était génial de bosser avec Sam et Tobey".... mais bon on les vire quand même !


COMMUNIQUE DE PRESSE OFFICIEL DE SONY SUR LE REBOOT SPIDER MAN

Culver City, CA (January 11, 2010) -- Peter Parker is going back to high school when the next Spider-Man hits theaters in the summer of 2012. Columbia Pictures and Marvel Studios announced today they are moving forward with a film based on a script by James Vanderbilt that focuses on a teenager grappling with both contemporary human problems and amazing super-human crises.

The new chapter in the Spider-Man franchise produced by Columbia, Marvel Studios and Avi Arad and Laura Ziskin, will have a new cast and filmmaking team. Spider-Man 4 was to have been released in 2011, but had not yet gone into production.

“A decade ago we set out on this journey with Sam Raimi and Tobey Maguire and together we made three Spider-Man films that set a new bar for the genre. When we began, no one ever imagined that we would make history at the box-office and now we have a rare opportunity to make history once again with this franchise. Peter Parker as an ordinary young adult grappling with extraordinary powers has always been the foundation that has made this character so timeless and compelling for generations of fans. We’re very excited about the creative possibilities that come from returning to Peter's roots and we look forward to working once again with Marvel Studios, Avi Arad and Laura Ziskin on this new beginning,” said Amy Pascal, co-chairman of Sony Pictures Entertainment.

“Working on the Spider-Man movies was the experience of a lifetime for me. While we were looking forward to doing a fourth one together, the studio and Marvel have a unique opportunity to take the franchise in a new direction, and I know they will do a terrific job,” said Sam Raimi.

“We have had a once-in-a-lifetime collaboration and friendship with Sam and Tobey and they have given us their best for the better part of the last decade.This is a bittersweet moment for us because while it is hard to imagine Spider-Man in anyone else’s hands, I know that this was a day that was inevitable,” said Matt Tolmach, president of Columbia Pictures, who has served as the studio’s chief production executive since the beginning of the franchise. “Now everything begins anew, and that’s got us all tremendously excited about what comes next. Under the continuing supervision of Avi and Laura, we have a clear vision for the future of Spider-Man and can’t wait to share this exciting new direction with audiences in 2012.”

"Spider-Man will always be an important franchise for Sony Pictures and a fresh start like this is a responsibility that we all take very seriously," said Michael Lynton, Chairman and CEO of Sony Pictures. "We have always believed that story comes first and story guides the direction of these films and as we move onto the next chapter, we will stay true to that principle and will do so with the highest respect for the source material and the fans and moviegoers who deserve nothing but the best when it comes to bringing these stories and characters to life on the big screen."

The studio will have more news about Spider-Man in 2012 in the coming weeks as it prepares for production of the film.


End of transmission... (là c'est moi hein, pas Sony...)

dimanche 10 janvier 2010

Marvel 14, les super héros contre la censure : interview du co-réalisateur Philippe Roure


Greetings, programs...

C'est dimanche et ça caille à ne pas sortir un Taun-Taun : deux bonnes raisons pour réchauffer nos coeurs en replongeant dans la sainte époque des éditions Lug et de leur mythique Strange, mensuel par lequel toute la génération actuelle des 30/50 ans a découvert les super héros Marvel.

Plus précisément, replongeons-nous dans un documentaire qui fait, depuis quelques mois, pas mal de bruit dans le petit monde des spécialistes de la culture super héros :

Marvel 14, les super héros contre la censure, de Philippe Roure et Jean Depelley.


C'EST QUOI ?
Un documentaire de 26 minutes partant de la petite histoire pour raconter la grande : à partir de l'énigme planant sur l'existence (ou non) du mythique et jamais paru 14e numéro de la revue Marvel, supprimée par Lug en 1971 à cause de la censure, Philippe Roure et Jean Depelley lèvent le voile sur une période d'acharnement de nos belles institutions morales contre la BD en général et les super héros en particulier.

OK MAIS DANS LE DETAIL, DE QUOI CA CAUSE ?
En mars 1971, la "commission de surveillance et de contrôle sur les publications destinées à l'enfance et à l'adolescence", organe dépendant du ministère de la Justice, fait interdire aux mineurs la revue "Marvel", créée par les éditions Lug en avril 1970. Motif : la trop grande violence des histoires publiées dans ce magazine (Les Quatre Fantastiques, Spider Man et Captain Marvel).

Spider Man et (plus tard) Captain Marvel furent transférés alors dans Strange, autre mensuel créé par Lug en janvier 1970 et qui, bizarrement, échappa aux foudres de la censure. Quant à "Marvel", Lug interrompit donc sa parution au bout de 13 numéros après l'avis fatal de la commission. Une légende affirme pourtant qu'un Marvel 14 existe bel et bien, jamais publié mais dont certaines copies ont eu le temps d'être imprimées avant l'arrêt définitif des rotatives. Aujourd'hui introuvables, ces originaux vaudraient une fortune selon les collectionneurs. Le Marvel 14 est ainsi devenu un Graal sacré pour les amateurs, victime expiatoire d'une époque de persécution culturelle des super héros américains en France depuis l'après-guerre. Alors, Marvel 14... mythe ou réalité ?

Marvel 14 : mythe ou réalité?
That is the question mon bon monsieur...


Y A DES GUEST STARS DANS CE TRUC, PLISSKEN
?
- Jean Pierre Dionnet, co-fondateur de Metal Hurlant et frenchy chéri de ces geeks.
- Frédéric Manzano, responsable des éditions Déesse.
- Bernard Joubert, auteur du Dictionnaire des livres et journaux interdits (2007, ed. Cercle de la Librairie)
- Jean-Yves Mitton, scénariste et dessinateur de chez Lug, mythique auteur de la BD Mikros.
- Reed Man, rédacteur en chef du nouveau Strange et ancien de l'atelier Lug.
- Thierry Mornet, responsable éditorial comics Delcourt, ex-rédacteur en chef de Semic.
- Enfin, last but not least, la formidable Claude Vistel, notre marraine à tous, ex-directrice de publication des éditions Lug. Le grand âge d'or des super héros Marvel en France, c'est à elle que nous le devons.


INFOS COULISSES SUR LE DOCUMENTAIRE
- Marvel 14 était à la base un projet de court métrage fiction de Philippe Roure, intitulé "M14" (lire interview plus loin). Après avoir galéré pour trouver un producteur, Roure trouve enfin preneur en 2008 avec la société Metaluna (la boîte de Fabrice Lambot et Jean-Pierre "Mad Movies" Putters), qui lui suggère une autre idée : monter, parallèlement à son projet de court métrage, un vrai documentaire sur la légende du Marvel 14.
- Vers la fin du documentaire, l'un des derniers intervenants à l'image a fait tiquer les spécialistes : un soi-disant imprimeur italien, qui étrangement sonne moins authentique que les autres témoins. Une petite controverse plane depuis autour de Marvel 14 : est ce un documentaire tout simplement bidon? Non bien sûr et Philippe Roure s'explique dans l'interview qui suit.

OU PEUT-ON VOIR MARVEL 14 ?
Ben... C'est le problème. En attendant une probable diffusion télé courant 2010 (une chaine du câble est notamment très intéressée), Marvel 14... n'est pour l'instant visible que dans les festivals. Il a été projeté en avant première à l'Etrange festival de Paris, en septembre 2009. Il le sera à nouveau lors du prochain Festival de la BD d'Angoulême. Philippe Roure termine parallèlement une version de 52 minutes de cet excellent documentaire.

Strange n°1, paru en janvier 1970.
Un mensuel culte de chez culte
pour les fans de super héros en France
.
Il sera publié par Lug, puis Semic jusqu'en 1998.
La revue Marvel, lancée en avril 1970, aura beaucoup moins de chance.



MAIS AU FAIT, IL EST BIEN OU PAS CE DOC ?
Excellent ! La version de 26 minutes de Marvel 14, qui n'est selon moi finalement qu'un brouillon de la future version 52' sur laquelle travaillent toujours Roure et Depelley, n'en reste pas moins passionnante. Ultra pédagogiques, très inspirés dans le choix de leurs intervenants (mention spéciale aux passionnants Dionnet, Joubert... et bien sûr à Madame Claude Vistel, j'y reviens plus loin), les auteurs prennent soin de replacer l'histoire de Marvel 14 dans le cadre général de l'Histoire des super héros et de la censure.

Un rapide panorama depuis Superman est brossé en préambule, pour arriver à l'ascension des héros Marvel à partir du début des sixties sous l'impulsion de Martin Goodman et Stan Lee... et leur importation en France par les éditions Lug. Le doc plonge ensuite avec rigueur et sans temps mort dans le récit du véritable harcèlement auquel la censure française s'est livrée, depuis l'après guerre, à l'encontre des éditeurs de BD... et en particulier des éditeurs, comme Lug, d'adaptations de comics américains.

Au centre de la répression, qui fera des morts économiques : la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Un texte dont Marvel 14 nous apprend qu'il trouve ses racines dans la France de Vichy et qu'après guerre, son application abusive sera encouragée par une union sacrée entre cathos intégristes et communistes anti-américains. Le point d'orgue de Marvel 14 : l'interview de Claude Vistel, ex-responsable éditoriale de Lug, celle par qui les super héros Marvel ont pu se répandre en France. Une sexagénaire au récit émouvant, qui mériterait une statue pour le rude combat qu'elle a humblement mené en faveur de cette culture qui a bercé notre jeunesse et nos imaginaires de geeks.

Claude Vistel : celle par qui les super héros Marvel
sont arrivés en France
, interviewée à Lyon
par Philippe Roure et Jean Depelley (
©Metaluna)



Jean-Pierre Dionnet : avec sa verve habituelle,
il rappelle dans Marvel 14 l'idéologie
anti-américaine qui sévissait derrière la censure française des comics.
(©Metaluna)



Egalement enquête aux relents de polar (écho au court métrage fictionnel M14 que Roure a toujours en tête), le documentaire trébuche hélas dans ses trois dernières minutes. Inutilement confuses en s'attardant trop sur des détails techniques concernant l'imprimeur de Lug à l'époque, elles introduisent par ailleurs un étrange intervenant final : un certain Ennio Deodato, cité comme "ancien conducteur offset chez Intergrafica" (imprimeur italien de Lug, qui succéda au lyonnais Martel à partir de Strange 19). La séquence de ce monsieur s'avère non seulement dénuée d'intérêt, mais surtout... bidon, ce qui a dés lors fait planer un doute, chez certains, sur toute l'authenticité du documentaire. A tort bien sûr. Une petite faute de goût expliquée en toute transparence par Philippe Roure dans l'interview qui suit (mince je l'ai pas déjà écrit plus haut, ça ?).

Car en vérité je vous le dit ! Marvel 14, les super héros contre la censure est un documentaire aussi captivant que bien informé, édifiant témoignage d'un contexte historique ultra-répressif contre la culture comics. Sans oublier de très belles illustrations via les sublimes couvertures de Fantask, Marvel et Strange. Les auteurs ont d'ailleurs au préalable demandé et obtenu l'aval de Marvel Comics pour pouvoir illustrer aussi généreusement leur film. Je recommande à tous les mordus de super héros, quand la chose sera visible, ce film fort instructif et dont l'effet madeleine fait mouche. Rendez-vous donc au prochain salon de la BD d'Angoulême (pour la version 26'), ou à l'Etrange Festival de Lyon (pour la version longue)... ou sur la chaîne de télé qui aura eu le bon goût de le diffuser ! Guettez la news sur le web ou ici même dés que j'en sais plus, parole from Mars. Mais foin de moi-même, place au co-créateur du bouzin : Mr Philippe Roure !



LE MAKING OF DE MARVEL 14

INTERVIEW DE PHILIPPE ROURE, CO-REALISATEUR DE
MARVEL 14, LES SUPER HEROS CONTRE LA CENSURE (Metaluna Production).

Philippe Roure, dites-nous tout : c'est quoi ce Marvel 14, d'abord ? Hein ?
Je vais vous le dire mon cher Plissken : d'abord, c'est le numéro qui a suivi le Marvel 13, je trouvais intéressant de le préciser ! Et je ne dis pas ça juste pour faire une blague à deux balles.

Non, non c'était drôle. Et la suite ?
Marvel 14 est un mythe sur lequel nous enquêtons. A l'époque, sur la 4e de couverture de chaque Marvel, les éditions Lug montraient toujours la couverture du numéro suivant. Et donc sur Marvel 13, il y avait une couverture annonçant Marvel 14, ce qui a laissé penser à beaucoup de gens que ce numéro a bien existé. Dés lors les collectionneurs n'ont cessé de fantasmer : où est passé ce Marvel 14 ? A-t-il eu le temps d'être imprimé, relié, massicoté avant que les machines ne s'arrêtent ? Bref si il existe, Marvel 14 peut valoir une fortune. Certains disent l'avoir vu, mais il s'agit en fait de numéros pirates, oeuvres de fans ultimes qui ont fabriqué leur propre Marvel 14. Nous interviewons d'ailleurs l'un d'entre eux, à la fin du doc.

A travers l'histoire du Marvel 14, ce film nous raconte aussi comment les super héros Marvel ont débarqué en France et leur "persécution"...
Tout est parti de Lyon, où sont nées les éditions Lug, qui au début adaptaient surtout des BD italiennes de western dans les revues Ombrax, Nevada, Tex, Kiwi.... A la tête de Lug, il y avait Auguste Vistel, Marcel Navarro et Claude Vistel, la fille d'Auguste. Les Vistel étaient une grande famille de résistants pendant la guerre. Quand Marvel Comics a voulu s'exporter en Europe, ils ont mandaté une société pour signer les contrats d'adaptation : l'agence Transworld Feature Syndicate, représentée en France, à Paris, par une certaine Barbara d'Arnoux. De tous les éditeurs français contactés (dont Hachette), seul Lug a dit "ok". Ils ont sorti un premier magazine en 1969 : Fantask, avec au sommaire le Surfer d'argent, les Quatre Fantastiques et L'Araignée. La censure a fait arrêter Fantask au bout de 7 numéros sous des prétextes hallucinants (couleurs trop violentes, monstres, combats violents...).

Pourquoi une telle sévérité contre les super héros ?
Depuis l'après-guerre, la délinquance juvénile était une source de préoccupation majeure du gouvernement et pour lui, la BD était responsable de cette délinquance, comme nous l'explique dans le doc' Bernard Joubert. D'où la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Après l'arrêt de Fantask, Lug a créé en parallèle deux autres revues : Strange et Marvel. Et au bout de 13 numéros, il est arrivé à Marvel la même chose qu'à Fantask. Strange, elle, a pu continuer au prix d'une certaine auto-censure, une édulcoration des planches américaines... Et puis les choses se sont un peu calmées, surtout que Spider Man est devenu très populaire grâce au dessin animé télé. Mais l'autocensure a continué jusque dans les années 90.

La loi n°49-9456 de juillet 1949 : un texte encadrant avec
la plus grand sévérité les "publications destinées à la jeunesse"
.
(©Metaluna)



Ci-dessus : l'avis de la commission de censure préconisant
l'interdiction aux mineurs de Marvel en raison de la "brutalité"
et de "l'horreur" qui y persistent (rires)
. (©Metaluna)

Cette loi du 16 juillet 1949 est-elle toujours en application ?
Elle existe toujours, mais je pense que son application s'est évidemment beaucoup relachée, surtout depuis l'arrivée des mangas. La commission de censure doit toujours exister mais sur quoi se prononcent-ils maintenant, je ne sais pas. Jean te répondrait sans doute mieux que moi...

Le temps fort de ton documentaire, c'est Claude Vistel. Elle est un peu notre super héroïne à tous !
On a passé un après midi à discuter chez elle à Lyon. Elle nous a invité au restau, en nous accueillant "comme ses petits enfants" (ce sont ses mots). C'est une dame très élégante, à la retraite aujourd'hui. Elle est restée un temps chez Semic après le rachat de Lug en 89. Elle avait une place en or, mais a fini par se dire qu'elle avait fait son temps (Claude Vistel a pris sa retraite en 1993 - NDJP). C'était génial de discuter de super héros et de super vilains avec cette sexagénaire distinguée qui parfois nous rappelait elle-même des noms de personnages qu'on avait oublié. C'est elle qui a choisi les super héros figurant dans le premier Fantask. Elle était tombée amoureuse du Surfer d'argent à cause de son air triste et persécuté, elle trouvait ça craquant.

Tu es toi-même un vieux lecteur de Strange ?
Comme beaucoup de gens de ma génération, oui. Le premier numéro que j'ai acheté, c'était dans les années 70, avec Daredevil en couverture. On le voit dans un zoo, il se bat contre un mec cagoulé sur une espèce de soucoupe volante... J'ai dû lire mon premier Strange vers dix ans et j'ai enchainé avec Titan, Nova, Special Strange, Planète des singes, Conan... jusqu'à environ 16/17 ans. Quand Semic a racheté Lug en 1989, j'avais déjà arrêté.

D'où t'est venue alors l'idée de Marvel 14 ?
En lisant une encyclopédie sur les adaptations des Marvel comics en France par Lug et Semic, je suis tombé sur un article sur le "légendaire" Marvel 14. Je n'avais pas idée de cette histoire et du mythe qu'était devenu ce Marvel 14. J'ai trouvé que cela ferait une très bonne idée de scénario de polar. J'envisageais déjà une scène d'ouverture avec quatres personnages autour d'une table, à la Reservoir dogs, en train de parler du sac de noeud Marvel 14 à l'issue d'une discussion à batons rompus sur les comics en France. L'idée était donc d'en tirer un court métrage de 15 minutes, qui s'appelait "M14". J'en ai écrit le script, puis j'ai tourné un teaser avec des bouts de ficelle en 2007. Ca débute comme un vrai-faux docu sur la légende M14, avant de basculer vers le polar en noir et blanc. Pour crédibiliser le coté docu du teaser, j'ai fait jouer Jean-Pierre Dionnet dans son propre rôle.

Comment ce projet de court métrage est-il finalement devenu un documentaire pur et dur avec Marvel 14 ?
J'ai fait le festival de Cannes pour trouver un producteur, avec mon teaser sous le bras. Sans succès. J'ai alors contacté Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters de Metaluna prod. Fabrice m'a contacté cinq minutes apres l'envoi de mon mail pour me confirmer leur intérêt. Mais tout en soutenant le projet de court, ils m'ont expliqué qu'ils trouvaient qu'on avait là matière à faire aussi un vrai documentaire sur le sujet.
Ils m'ont proposé de m'associer avec Jean Depelley, un auteur de chez eux bourré de contacts dans le monde des comics et fervent défenseur de Jack Kirby en France. Il collabore aussi à la version actuelle de Strange. M14 est donc devenu le documentaire Marvel 14, les super héros contre la censure, dont nous avons débuté le tournage au festival d'Angoulême en 2009. Mais M14 le court métrage est toujours d'actualité : il est en phase de préproduction, j'ai commencé des répétition avec de nouveaux comédiens et notamment, dans le rôle du bad guy, le comédien-cascadeur Alain Figlarz (vu récemment dans le rôle du très très vilain Lemoine dans Braquo - NDJP).

Fanboy ultime : ce collectionneur anonyme explique comment
il a lui-même fabriqué et imprimé son propre numéro 14 de Marvel
à partir de planches parues en album après la mort de la revue.
Un récit hallucinant dans Marvel 14.
(©Metaluna)

Pour finir, revenons sur la mini-controverse relative à la fin de ton documentaire. Dans les trois dernières minutes, vous interviewez un employé de l'imprimeur italien Intergrafica... Il s'agit en fait d'un comédien ?!
Bon... rappelle-toi que ce 26 minutes est sur le mode de l'enquête et qu'à l'origine, c'était une fiction. Dans le cadre de cette enquête, on a voulu remonter la piste du Marvel 14 et savoir où il avait pu etre imprimé : chez Martel, à Lyon, ou Intergraphica, à Milan (Lug a travaillé avec ces deux imprimeurs - NDJP). Cet italien que tu vois et qui a censément travaillé pour Intergrafica est effectivement un acteur. J'avais tourné cette séquence dans le cadre du teaser de M14, qui était une fiction tournée comme une enquête de polar. Dans ce cadre-là, ça n'était pas gênant d'avoir un comédien jouant le rôle d'un imprimeur qui aurait travaillé chez Intergrafica dans les années 70. Et quand on a basculé dans le mode documentaire, on a quand même gardé cette séquence parce qu'elle donnait un petit côté international au film. Mais du coup tout le monde voit bien que ce mec joue la comédie et ca laisse penser que tout Marvel 14 est un "docu-menteur" pipeauté depuis le début. Alors que tout, excepté ce type, est rigoureusement vrai.

En même temps ca me parait impensable de garder un comédien dans un documentaire. Que va devenir cette séquence ?
Elle ne figurera pas dans la version longue de Marvel 14, qui sera davantage tournée vers le documentaire, avec beaucoup d'extraits tirés de l'Ina. On élargira vraiment le propos au contexte historique et politique de l'époque : l'après-guerre, la libération, le plan Marshal, la culture américaine qui envahit l'Europe, l'anti-américanisme, le rôle des communistes... On va simplifier la fin du documentaire, je reconnais qu'à la fin de la version 26' on s'y perd un peu. On va clarifier tout ça en évacuant l'épisode Intergrafica. Ca a été une petite erreur de direction de notre part, c'est tout...

Quelle avenir pour Marvel 14 ?
La version de 52 min devrait être finie pour début février, car des chaînes sont sur le coup. Cette version sera projetée à L'Etrange Festival de Lyon en avril, suivi d'un débat consacré à la censure. Après avoir été montrée à L'Etrange Festival de Paris en 2009, la version 26' sera re-projetée pendant le prochain festival de la BD d'Angoulême.

Et le court métrage M14 ?
Tournage vraisemblablement en mars, toujours produit par Metaluna. Et une fois le court métrage et le docu terminés, qu'est ce que je vais bien pouvoir faire heu... HA si j'ai un scénario de thriller en hommage au giallo qui intéresse Metaluna. On verra bien !

M14 : le projet de court métrage qui donna
finalement naissance au doc Marvel 14, court toujours...



PS : pour mémoire, une excellente interview de Claude Vistel, réalisée par Xavier Fournier, était déjà parue dans un numéro du magazine trimestriel Comic Box que je vais essayer rapido de retrouver... Et vous pouvez également lire une interview fleuve de notre supermamie à cette adresse. Voilou !


End of transmission...

jeudi 7 janvier 2010

Tonight on Mars is born.


Hola les aminches, je serai bref car l'épuisement me guette, voire me cerne (les yeux).

Voilà, notre nouveau petit bébé issu des entrailles de NoWatch.tv : TONIGHT ON MARS, premier podcast vidéo à inaugurer la section expérimentale "Ze Lab" de NWTV.

Dans Tonight On Mars, Yann (alias le Dr No) et moi-même passeront au crible (et sans pitié en général) l'actu des sorties DVD/Blu-ray, qu'il s'agisse de films, séries télé, documentaires ou pornos zoophiles (un intrus s'est glissé dans cette liste).

Nous venons donc de mettre en ligne ce soir le numéro zéro, d'une durée d'environ 43 minutes. Il y a évidemment mille défauts à corriger mais aussi quelques qualités que nous comptons bien développer. On compte sur vous pour que cette nouvelle aventure made in NoWatch.tv dure le plus longtemps possible. Et on compte aussi sur nous-même pour vous en donner envie ! (je sais pas si j'étais très clair là...)

Un immense merci à :

- TheOldCuban et Antibiotics de NoWatch.tv (alias Jérome et Christophe from Zapcast.tv, mais je pense que vous aviez compris) pour nous avoir aidé à accoucher du bébé.

- A "magic" Fanny pour nous avoir donné un inestimable coup de main sur le montage de ce pilote.

- A Yann pour son colossal boulot d'habillage visuel de l'émission.


Les deux liens pour visionner Tonight On Mars, épisode zéro (en attendant que le streaming fonctionne et soit visionnable sur notre blog www.tonightonmars.com) :


et

http://feeds.feedburner.com/Tonightonmars (pour l'abonnement au flux RSS)

Merci d'avance à vous pour vos commentaires, ici, sur i'tunes ou sur le forum de NoWatch.tv, et on croise les ventouses pour la suite (vieille coutume martienne) !

End of transmission...

dimanche 3 janvier 2010

The Big Bang Theory : la régression de la comédie.


Les aminches, c'est l'heure du schisme. Je vais dire du mal, beaucoup de mal de The Big Bang theory. Pour certains d'entre vous, la charge sera intolérable. Je m'attends donc à subir les pires outrages verbaux mais en même temps, comme dirait Jack Burton, "What the hell"...

Si je devais faire appel à ma fibre objective, je dirais que BBT est effectivement, objectivement, incontestablement une bonne série, au sens de bien faite. Une bonne partie de ses dialogues et blagues sont assez drôles sur le papier, voire même dans les faits. Toutes les références aux comics, jeux vidéos, films et séries de SF sont pointues et vérifiées. Un univers a été posé et la mayonnaise a pris non seulement avec le grand public, mais aussi avec semble-t-il une grande partie de la "communauté" geek visée. A ma grande consternation d'ailleurs, même Alexandre Astier voue un culte passionné à Big Bang Theory (je le sais de source sûre : lui-même). Et pourtant j'excècre cette série. Voilà, c'est comme ça, totalement subjectif et incontrôlable.

Entre BBT et moi, le torchon a brûlé dés la vision de l'épisode pilote. J'en serais sans doute resté là, n'étant pas spécialement maso. Mais le quasi plébiscite de BBT par la plupart d'entre vous m'interpelle forcément. Peut-être étais-je mal luné le jour du visionnage de ce foutu pilote. Peut-être me fallait-il plus de temps pour rentrer dans les loufoqueries de Leonard, Sheldon et leur pouffe à gros seins. Comme je ne suis pas une huître centenaire, j'ai donc pris sur moi de visionner l'intégrale de Big Bang Theory, jusqu'à ce jour. J'en ai bavé, les mecs. Mais j'ai tenu bon et rien à faire : la vision de chaque épisode de Big Bang Theory et de ses personnages si superficiels et outranciers déclenche en moi d'irrépressibles envies de strangulation de tout le casting. Je vais tâcher d'expliquer sereinement pourquoi, vous pourrez ensuite procéder à ma lapidation.




DE QUOI CA PARLE ?

Reprenons depuis le début. Dans The Big bang theory, série créée par Chuck Lorre et diffusée depuis 2007 sur CBS, nous suivons le quotidien de deux jeunes physiciens surdoués co-locataires d'un appartement à Pasadena, Leonard Hofstadter (joué par Johnny Galecki) et Sheldon Cooper (alias Jim Parsons). Leur particularité : Leonard et surtout Sheldon sont deux adulescents totalement inaptes aux relations sociales, dont la vie est entièrement régie par leurs passions pour la science, les comics, la SF, les séries télé, mangas, jeux de rôles, jeux vidéos et plateaux repas chinois commandés systématiquement au même traiteur... bref, voilà deux parfaites caricatures d'über-geeks. Leurs fréquentations se limitent à deux autres scientifiques inadaptés sociaux, travaillant comme eux sur le campus de la prestigieuse université de Caltech : leurs potes Howard Wolowitz et Rajesh Koothrappali (joués par les excellents Simon Helberg et Kunal Nayyar), respectivement ingénieur en physique appliquée et astrophysicien. Dans le premier épisode de la saison 1, la routine bien rôdée de Sheldon et Leonard explose ("BANG!") lorsqu'emménage leur nouvelle voisine de palier : la blonde Penny, cruche du Midwest rêvant de gloire hollywoodienne et bossant comme serveuse au restaurant "Cheesecake factory". Au fil de cette première saison, une idylle improbable va naître entre Leonard et Penny, qui à sa grande surprise finira par comprendre voire adopter le style de vie de ses deux voisins extra-terrestres. Réciproquement, Penny poussera Sheldon et Leonard à sortir un peu plus de leur coquille et s'aventurer plus souvent hors de leur sanctuaire d'écrans, d'équations et de BD.

Quelles que soient ses qualités (car elle en a, je le répète), The Big Bang Theory marque d'après moi une profonde régression de la comédie télé, un retour en arrière à la sitcom de papa, quand des perles comme 30 Rock, Old Christine ou la défunte Arrested Development proposent des alternatives autrement plus audacieuses et innovantes. Pourquoi une "régression" ?


LA FORME DANS BBT : BACK TO PAPA

On se croirait revenu aux heures glorieuses de la sitcom des années 80/90. La sitcom bien traditionnelle, avec rires enregistrés en cascade, petites virgules visuelles récurrentes, répliques graveleuses avec juste ce qu'il faut d'allusions scato-sexuelles et mise en scène digne d'une pièce de boulevard. A chaque épisode de BBT, j'ai l'impression de voir Boeing-Boeing au théâtre de la Michodière. Il faut dire que cette tambouille trop huilée est une spécialité du chef Chuck Lorre, créateur de BBT et auteur de la déjà bien balourde Two and a half men (Mon oncle Charlie), ainsi que de Dharma et Greg.

Avec Big Bang Theory, Lorre reste en terrain conquis et ressert tous les codes réchauffés et rassurants du genre qui fait tourner son business depuis 15 ans :
- Récurrence de quatre décors principaux (l'appartement de Sheldon/Leonard, celui de Penny, le lieu de travail de Sheldon/Leonard, celui de Penny...)
- Multicaméras avec dialogues champs/contrechamps
- Codes vestimentaires caricaturaux (petit short/débardeur pour la blonde de service, fringues flashy/Deschiens pour le tocard Wolowitz, t-shirt de super héros pour Sheldon...)
- Et donc ces fameux rires du public et/ou enregistrés. J'ai chronométré : dans BBT, le brouhaha hilare agresse mes tympans toutes les 5 à 10 secondes. La moindre vanne, le moindre trait d'humour, la moindre mimique, le moindre pet de mouche californienne est lourdement souligné à coup d'assommants rires en boîte, même quand la chute est foireuse, ce qui arrive tout de même fréquemment dans cette série.
Au hasard : repassez vous l'épisode 5 de la saison 2. Une scène en particulier, celle où Sheldon se fait sermonner par la bande pour passer son permis (10e minute), illustre parfaitement cet abus de rires tonitruants pour enrober une chute pourtant bien plate. A plusieurs reprises, je ressens le même embarras, la même crispation que lorsqu'un gros beauf' assis à côté de vous lors d'un dîner, rit grassement à ses propres blagues là où vous esquissez tout juste un sourire poli.

Je ne saurais dire pourquoi dans Friends, Seinfeld, Thats 70's show ou Third rock from the sun, les rires en boîte ne me gênaient pas plus que ça alors que dans BBT, ils m'insupportent. Sans doute parce que je suis plus sensible à l'humour des sitcoms sus-citées qu'à celui de M. Lorre. Ou alors parce que la coupe est pleine. Les rires enregistrés appartiennent définitivement selon moi au passé de la sitcom. Je n'ai plus besoin qu'on me dise où et quand je dois rire, je ne suis pas un poulet en batterie ni un rat de laboratoire. J'ai infiniment plus de respect pour l'humour plus risqué et moins pute des "single camera comedies" type Scrubs, Malcolm, The office ou 30 Rock, qui me donnent l'impression de voir une vraie série, sans rires parasites et non pas un pathétique spectacle pour GM du Club Med. Et "Old Christine" me direz vous ? Certes, c'est une sitcom formellement dans la veine de BBT, mais à elle seule, Julia Louis Dreyfus a infiniment plus de talent comique que n'en auront jamais les bouffons grimaçants de Chuck Lorre. Ce qui m'amène aux personnages de Big Bang Theory et leurs interprètes. Argh.




PERSONNAGES ET CASTING : THE BIG BRANQUES THEORY

Je hais ce casting. Ou disons au moins la moitié. Merde, je voulais faire dans le sobre et la dentelle, mais c'est plus fort que moi, fallait que ça sorte. Reprenons-nous. Avant de m'attarder sur l'interprétation, petit aparté sur les personnages. Là encore, BBT propose une brochette d'hypercaricatures exaspérantes, aussi pachydermiques à propos des geeks que l'étaient celles de "Geekdom", émission de sinistre mémoire présentée par Lio l'été dernier sur Sci-Fi. Et vous savez pourquoi tant de poncifs ? Chuck Lorre, créateur de la série, n'en a rien à foutre des geeks. Lorsqu'on lui demande en interview, comme ce fut le cas lors du festival de télévision de Monte Carlo 2009, les origines de la création de BBT, il vous répond sincèrement qu'il n'est absolument pas geek et n'a aucune affinité avec cette culture ou la SF en général ; il voulait simplement faire une série sur l'air du temps. Et forcément, les geeks à Hollywood, on le sait, c'est tendance depuis le début des années 2000.

Deux potes geeks chez Chuck Lorre, ça donne donc Leonard et Sheldon, un couple limite Cage aux folles (Leonard serait l'homme, Sheldon la femme), dépeint de la même façon dont "nous" voient "les autres". Entendez dont le grand public "non geek", la masse, les médias voient généralement les geeks : des neu-neux sociopathes, gringalets, frustrés sexuellement (voire asexués) et obsédés de nouvelles technologies. Quand c'est Lio sur Sci-Fi, ça fait chier tout le monde (moi le premier), quand c'est BBT tout le monde s'aplatit. Je ne pige pas...

Je poursuis. Dans l'épisode pilote, Laurel/Sheldon et Hardy/Leonard s'apprêtent ainsi à vendre leur sperme juste pour pouvoir se payer une "connexion Internet T1 fractionnelle" (le "pipi/caca/sperme/nénés" au format familial est une source d'inspiration récurrente dans BBT). La scène n'est pas forcément irregardable, elle me consterne simplement par sa facture téléphonée, dans la forme comme dans le propos. Un peu plus tard, nous apprenons que le geek ultime selon Chuck Lorre est une créature d'habitudes, un freak frisant la pathologie autiste : sur le canapé du salon, Sheldon a SA place (choisie pour sa géo-localisation idéale entre la télé, la chaudière et la fenêtre) et malheur à quiconque tente de s'y assoir. Sheldon a aussi un petit déjeuner précis pour chaque jour de la semaine, un pyjama du jour, un traiteur asiatique unique... Bref, pour Chuck Lorre, geek = Rainman.

Continuons notre exploration de l'exaspérant catalogue de poncifs. Sheldon me fait penser à ces personnages secondaires barrés vu dans d'autres sitcoms... sauf que BBT en fait son personnage principal et qu'il n'en a pas vraiment les épaules ni l'épaisseur requise. Koothrappali, de son côté, est un odieux pompage du Fez de That 70's show pour le côté "accent exotique cocasse", ficelle usée jusqu'à la cordelette. Pour le reste, le geek selon Chuck Lorre passe forcément 97 heures à jouer en réseau à World of Warcraft (épisode 3, saison 1), n'ose parler aux filles que bourré (Koothrappali), trippe à fond sur Summer Glau de la série Sarah Connor Chronicles (non mais WTF cette série de merde ?!) et traîne une mère-boulet castratrice. La maman de Wolowitz vit avec lui et pourrit son quotidien (elle reste toujours hors champs, on n'entend que sa voix de poissonnière). Détail ostentatoire : Wolowitz est juif donc pour lui c'est forcément double ration de mère tarée (et re-cliché !) ; celle de Leonard est une neuro-scientifique incapable d'exprimer la moindre affection maternelle ; celle de Sheldon est une bigote texane hystérique et les parents de Koothrappali le martyrisent depuis l'Inde par webcam interposée.




Soyons franc : ces poncifs donnent lieu parfois à des dialogues ou scènes plutôt savoureux, comme dans l'épisode 15 de la saison 2 où Sheldon et Leonard comparent leurs mamans (Sheldon : « Toi au moins ta mère ne te tapait pas sur la tete avec une bible pour t’obliger à finir tes choux de Bruxelles ». Leonard : « La tienne ne te collait pas des électrodes sur la tete pour mesurer tes ondes cérébrales quand tu étais sur le pot »). Ils n'en restent pas moins des stéréotypes d'autant plus agaçants qu'aucun des quatre gogols imaginés par les scénaristes n'a vraiment évolué depuis le début de la série. Parfois, les auteurs percent une petite trouée, pas plus grosse qu'une tête d'épingle, dans le ciel immaculé de la bouffonnerie ambiante. Ainsi, le personnage de Wolowitz laisse-t-il entrevoir enfin une certaine fragilité dans l'épisode 12 de la saison 2, où nous le retrouvons totalement déprimé suite à une remarque blessante de Penny. Lorsqu'en essayant de le consoler, cette dernière lui reproche cependant d'en faire toujours des caisses, il répond piteusement par un touchant : "Regarde moi : est ce que j'ai franchement la moindre chance si je n'en fais pas un peu trop ?" Dommage que la série ne creuse pas un peu plus sérieusement ces failles-là, juste un peu plus...


Les deux personnages certainement les plus insupportables à mes yeux restent Penny et Leonard. Honneur aux pouffes. Blondasse aux yeux globuleux et à l'agaçant timbre nasillard, aussi subtile dans son jeu qu'une choucroute garnie, l'actrice Kaley Cuoco campe avec Penny un cliché total de bimbo moyenne, quasi systématiquement montrée en petite tenue ou décolletés plongeants. Dans le rôle de Leonard, Johnny Galecki passe son temps à papillonner des yeux, tête levée, bouche entrouverte (son unique registre) et pérorer comme une folle tordue. Le couple que son personnage Leonard finit par former avec Penny est probablement le moins crédible et le moins attachant vu depuis un bail en télé. Aucune émotion, tension, complicité ou surprise dans les rapports entre ces deux-là, tant les scénaristes les plongent dans des situations à la mécanique prévisible à des kilomètres. Je me fous totalement de leurs engueulades pusillanimes en saison 2 et 3, de leur "je t'aime moi non plus" et de leur "c'est bizarre de coucher ensemble entre potes" mille fois mieux explorés par les couples Rachel/Ross et Chandler/Monica dans Friends.




L'HUMOUR ET LES HISTOIRES : BAZINGA !

Non seulement BBT se repose un peu trop sur des figures imposées de la sitcom (l'épisode de Halloween ; le geek craque sur une fille trop bien pour lui ; la visite de la maman etc...) mais surtout, elle exploite un humour d'arrière garde typique de Chuck Lorre, derrière le vernis des références geek. Au niveau des enjeux dramatiques, c'est du lourd. Du gros lourd, même. Le cahier des charges de Big Bang Theory est clair : surtout pas une once d'intrigue anxiogène ni d'enjeu un tant soit peu dramatique. Je ne demande pas à BBT de nous faire du Racine, hein... mais juste un brin, je dis bien un brin, de tension... une larme de malaise où, même si l'on est dans une sitcom, les auteurs auraient les couilles de faire traverser à leurs personnages de vraies épreuves.

Je me souviendrai toujours de cet épisode de la saison 3 de Friends où Rachel et Ross finissent par rompre. Un bijou d'écriture : tandis que Joey, Chandler, Monica et Phoebe se sont enfermés dans la chambre sans pouvoir en sortir (on rit), Ross et Rachel se pourrissent très sérieusement dans le salon, jusqu'à décider de rompre (on pleure). Une scène longue, avec très peu de rires enregistrés et qui nous fait en effet beaucoup rire... avant de nous fendre le coeur. Je n'aime pas Big Bang Theory parce qu'à aucun moment de la cinquantaine d'épisodes visionnés jusqu'ici, je n'ai vu les scénaristes essayer de s'aventurer ailleurs que dans le domaine de la bouffonnerie pure et dure.

Impossible de m'attacher à ces personnages et d'entrer en empathie avec eux : leur vie est une potacherie permanente ! Dans Friends, Rachel nous faisait vraiment partager sa crainte d'être coincée à jamais comme serveuse au Central Perk. Dans BBT, on se tamponne royalement que Penny refourgue des burgers au Cheesecake factory jusqu'à ses prochaines couches. Enfin, BBT plairait beaucoup à Patrick Le Lay et son immortelle formule sur le "temps de cerveau disponible" : pas plus de deux intrigues par épisode (faut pas bousculer la ménagère qui s'encanaille à rire sur le dos des geeks, hein) et surtout pas d'intrigues feuilletonnantes ou si peu. Des personnages apparaissent puis disparaissent sans explication, les compteurs sont remis systématiquement à zéro à chaque nouvelle histoire... On ne suit pas la vie d'individus incarnés, mais juste les pitreries de comiques s'ébrouant dans des sketches de 26 minutes, cirque méprisant dont Sheldon et sa psychorigidité cataclysmique sont l'attraction principale.

Par honnêteté intellectuelle, je dois bien reconnaître que certains gags et répliques m'ont, sinon fait rire, du moins bien amusé :

- Episode 1.2 : quand Sheldon explique que Superman 1 n'est pas réaliste, parce que lorsque Superman rattrape Lois Lane en plein vol lors de la scène de l'hélicopère elle devrait logiquement, avec le choc, "se couper en trois morceaux".

- Episode 2.4 : quand Penny devient totalement accro à World of Warcraft. (EDIT : il s'agit en fait de l'épisode 2.3 et non pas de Wow mais du jeu Age of Conan. Merci à... heu.. "Anonyme" pour m'avoir repris ! Et sorry pour cette petite erreur. Ca ne change pas grand chose, mais en effet soyons précis.)

- Episode 2.8 : quand Wolowitz demande à ses copains de l'aider après avoir fait tomber le Mars rover dans une crevasse martienne.

- Episode 2.15 : l'apparition de Beverly, la maman de Leonard. Réplique de Raj à Leonard : "Tu es le Jar Jar Binks de la famille Hofstadter". Ok, j'ai ri.

- Episode 3.8 : le camping de Wolowitz, Leonard et Koothrappali
- Les engueulades de Raj avec ses parents sur webcam

- les "bazinga" décochés régulièrement par Sheldon pour faire comprendre à son interlocuteur qu'il vient de se foutre de sa gueule (dans le genre comique de répétition, j'aime bien aussi ses "there there")...



Pour le reste je persiste et signe : The big Bang theory et son succès sont à mes yeux le symptôme d'une régression non seulement de la comédie télé, mais aussi des standards d'exigence du public américain. C'est le retour au confort des grosses ficelles, de la facilité du comique de répétition, des repères rassurants du rire enregistré et de la caricature outrancière... Une grande partie d'entre vous l'a adoptée, je ne peux l'ignorer et même je le respecte. Mais en ce qui me concerne, il ne suffit pas de grimer quatre bouffons en costume de Flash et multiplier les références érudites à la "culture geek" pour faire une bonne série comique. Je trouve que des hommage bien plus subtils à la culture qui nous passionne ont été rendus dans un film comme Galaxy Quest ou le sont régulièrement dans 30 Rock. Ils parlent à mon coeur de geek de façon bien plus noble que ce gavage d'oie démago que nous impose BBT.

Je promets cependant que je continuerai néanmoins à suivre la série chaque semaine pour guetter d'éventuels signes d'amélioration. Bazinga ! Je déconnais bien sûr... Next !!!

End of transmission...





samedi 2 janvier 2010

2010 : l'année du premier contact (avec Plissken) + spéciale dédicace à Zebouli




Happy new year les aminches !!! (ou : yangi yilingiz qutlug' bo'lsin aminchiz en ouzbek)

Ben si on m'avait dit qu'elle arriverait aussi vite celle-là... 2010, quoi... On est déjà l'année de la suite de 2001, mec !!! Plus que 9 ans avant d'être dans Blade Runner, 17 ans avant Les Fils de l'homme, 44 avant Minority Report, 74 avant Total Recall et 144 avant Avatar !!! Et je ne parle même pas de New York 1997, séchée sur place loin derrière...

Un poil déçu forcément par l'absence totale de bagnole volante ("Where the fuck is my flying car ?" s'est lui-même empressé de tweeter Simon Pegg dés le 1er janvier), d'androïdes domestiques à la Quatre Fantastique (j'avais prophétisé leur existence pour 1994 dans une rédaction écrite en 1984. J'avais 13 ans, ho c'est bon...), de la moindre trace de base lunaire (y en avait une toute nickel dans Cosmos 1999 merde !), de porte d'entrée à reconnaissance vocale... et de tant d'autres magnifiques objets de fantasmes lus ou vus dans les oeuvres de SF de mon enfance. A la place, on a Internet, les smart phones et la mort de la presse. Bon, on a échappé pour l'instant à l'apocalypse nucléaire, le cannibalisme d'Etat à la Soleil vert ou encore l'éradication totale de la race humaine par un virus de merde. A surveiller du coin de l'oeil tout ça...

Pour 2010, je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez les aminches, car forcément vous méritez puisque vous fréquentez ce blog de bon aloi.

Quant à ma résolution personnelle pour 2010, elle sera simple : accroître la visibilité de ce blog et faire en sorte qu'en 2010, un maximum de nouveaux visiteurs vivront leur premier contact avec John Plissken from Mars (et surtout pas le dernier !). Tant au niveau de ce blog que celui de NoWatch.tv, Scuds.tv et à titre personnel, c'est une année qui promet beaucoup de changement.... ou jamais !

Et pour finir, j'aimerais dédier ce premier post de l'année au camarade Zebouli, blogueur normand et fidèle NoWatcheur, particulièrement doué graphiquement et qui m'a concocté la trèz zolie bannière qui illustre ce post. Perso j'adore, ce monsieur a un vrai talent et en plus il sait comment flatter mon ego démesuré.

Allez jeter un oeil à l'univers de ce garçon de bon aloi (ben ouais, comme mon blog en effet) sur les deux adresses suivantes :


et


Voilà ! Quant au prochain post c'est promis : il sera en ligne demain, visera Big Bang Theory et va faire mal aux parties.

End of transmission...



jeudi 31 décembre 2009

SCUDS#11 : le Superscuds (chargeeeeeez !)



Et voilà... 1h35 de montage final... Simon et Lionnel Astier en guest stars... trois caméras... des micro-cravates... un cadre exceptionnel... Fouyayaaaa qu'est ce qu'il défouraille ce Superscuds !

Et au programme :
- Hero Corp, saisons 1 et 2 : interview du clan Astier
- Avatar : la révolution a-t-elle vraiment eu lieu ?
- Le relief au cinéma : plein la vue ou poudre aux yeux ?

On a fait de notre mieux, avec comme d'hab' des qualités et des... heu ben des qualités... et franchement des Scuds comme celui là, on en refera pas tous les mois ! J'espère donc qu'il vous plaira ou sinon il vous en cuira. Rime, en effet. N'hésitez pas à poster quelques commentaires par ici... de préférence élogieux merci bien (ouais bon évidemment y a aussi le forum NoWatch.tv, hein, c'est tellement plus tendance).

Je reblogue ce week end, promis. Y a du lourd à venir avec enfin mon avis sur Big Bang Theory. Oui je sais personne ne me l'a demandé mais je vais le donner quand même. Bon réveillon, planète hurlante !

End of transmission...

vendredi 18 décembre 2009

Iron Man 2 : le teaser sans faute.




Les aminches ! Bravant la bise, la froidure et une foutue crève accrochée à ma trachée, j'ai rejoint cet aprèm' mes potos Jérome et Arnaud pour l'enregistrement de Scuds #11, enfin !

Va falloir être patients avant de le découvrir, on fait le max mais because les fêtes, on ne peut pas garantir la date de précise de mise en ligne. Surtout que celui là va être vraiment... spécial !

Mais foin de digressions foireuses. Avant d'aborder dans mon post suivant une bien triste info (Dan O'Bannon est mort, a-t-on appris aujourd'hui. Vous ne voyez pas qui c'est ? Je m'en vais vous rafraîchir la mémoire toutal'...), voici de quoi nous donner du courage pour affronter la nuit de l'hiver et des nouvelles de merde : le teaser tout chaud de Iron Man 2.

C'est bien simple : ce teaser est un sans-faute et me colle une matraque monumentale. Je prie le ciel pour que Jon Favreau réussisse un film encore meilleur que le premier volet, mais en attendant dégustons cette petite perle de 2'30 qui a tout ce qu'il faut là où il faut : Robert Downey Jr au top de son panache, Shoot to thrill de AC/DC en intro, Samuel Jackson back en Nick Fury, Scarlett Johansson en Veuve noire a priori crédible malgré la brièveté des plans, Mickey Rourke en Whiplash certes sensiblement relooké mais j'ai trop kiffé son "we come from a family of thieves and butchers..." en roulant légèrement les "R".

Et surtout, top du top de ce teaser vraiment réussi... un motherfucking plan final orgasmiquissimesque de Stark/Iron Man et Rhodey/War Machine ensemble, dégommant à coup de répulso-rayons une armée d'autres War machines. Dantesque !

Il va paraître bien long le temps, jusqu'au 28 avril...

End of tranmission...


mercredi 16 décembre 2009

Inception : première affiche



Hé oui les mecs, Avatar c'est déjà du passé (je déconne ho lala, repose moi cette fourche toi) !

Matez moi cette belle affiche d'Inception, le nouveau film à venir de Christopher Nolan, mise en ligne sur le site officiel...

Certes, comme le fait remarquer l'excelllllent site AICN, le visuel ressemble fichtrement à celui de Dark Knight mais who gives a shit ?

Le casting de ce thriller futuriste dont on ne sait pratiquement rien à ce jour : Leonardo diCaprio (ouah), Ken Watanabe (waouh !), Cilian Murphy (youpiii !), Tom Berenger (Hourraaaah !), Michael Caine (Santa Maria Felicidad Alleluiaaaah !!!).... et Marion Cotillard (ha merde... bon tant pis).

Ca sort le 4 août chez nous. Juste pour le plaisir, même si on n'y comprend pas grand chose, voici un petit rappel du teaser que je trouve personnellement très excitant. Nan ?




End of transmission...